Sur le bitume

En 2003 j'ai échangé mon laté contre un sportser dans un bouclard niçois....je l'avais depuis 1973. acheté à un ferrailleur avec plusieurs de ses congénères, je l'ai remontée patiemment et puis on est partis....France, Belgique, Pays-bas, Allemagne, Autriche, Italie ....super rallye Schlagharen 1987 au Pays-Bas...bref 30 ans de vie commune jusqu'à ce jour de 2003. Depuis je suis sans nouvelles et j'aimerai bien savoir ce qu'elle est devenue !

Oui, en 1972 je suis arrivé à Marseille avec mon Sunbeam 500 S7 de 1954. Cette année là j'ai rencontré Collot qui faisait les mêmes études que moi , avec ses potes Atila et Méphisto. J'avais 19 ans et on a décidé de monter un club avec un groupe de Marseillais, des mecs de St Raphaël, d'Aix et d'Avignon. Après quelques tâtonnements, Didier a décidé de demander à ses copains de Moyeuvre si on pouvait utiliser leur nom: Infâmes...avec un nom de chapitre local: Côte-Sud. Janis le femme de chacal a dessiné le logo, une tête de mort de profil coiffée d'un casque allemand et ornée d'une aile de chauve-souris....voilà c'était parti !

Je sais pas si Collot t'a un jour raconté l'histoire de son chopp Hydra ? ...bon, Collot avait acheté un Hydra qu'il avait monté en chopp après pas mal de péripéties dont , en particulier la rupture des soudures de la colonne de direction (l'angle avait été modifié mais ça n'avait pas tenu). Enfin, une fois les problèmes résolus, Collot organise une grande fête dans la ferme qu'il louait, chez René. Tu vois un grand mas provençal avec les bâtiments en U et au milieu une grande cour avec des tonnelles couvertes de grandes plantes qui se fument.... au milieu de tout ça une horde de fous venus de Marseille , de Cannes , de Nice, en couleurs de leurs clubs...on bouffe , on boit, on chante, on fume...et le père Collot décide, à la demande de tous, de démarrer sa bécane. C'était un chopp magnifique , avec le levier de vitesse directement fixé sur la boîte... hélas, car en démarrant la bécane collot passe la jambe par dessus la selle pour s'asseoir mais son jean pattes d'éleph se prend sur le pommeau du levier et enclanche le 1ère. Collot qui était pas encore en selle lorsque la bécane bondit, se ramasse le sissy-bar dans les reins , lâche le guidon ... la bécane folle percute le mur du mas ...catastrophe ! la fourche est en vrille !
Ce soir là, tout le monde est rentré chez soi avec mal au bide d'avoir assisté à une galère pareille. Moi j'ai dormi chez collot et Marie-jo mais j'étais pas fier, nom de dieu !

Putain, un jour en 73 , avec Collot et un pote Corse on est allé faire rallonger la fourche du laté (on les montait en chopp !) Donc expédition: collot sur son Bonneville blanc, moi sur mon sunbeam 500 S7 avec Patrick en passager, la fourche du laté sous le bras...je sais pas si tu sais ce que ça pèse une parallélo... un âne mort putain ! Pour pouvoir la tenir fermement, Patrick l'avait passée sous son bras avec un des bras sur mon épaule, un peu comme un fusil mitrailleur !!!! Comme on descend le boulevard Michelet (à Marseille) on avise des camions de CRS gris et blancs, postés au carrefour. Bof, on passe... tout d'un coup, surgit au milieu du boulevard un CRS, les mains serrées sur son flingue, en position de tir, face à nous qui hurle à Patrick: "jette ton flingue, jette ton flingue !!".... putain Patrick lâche la fourche qui s'écrase sur le bitume ... le flic a mis un genou à terre et nous tient en joue pendant que ses copains rappliquent... Nous on est comme des cons les bras en l'air, lorsque un des flic qui se rend compte du comique de la situation commence à rigoler "c'est bon baissez les bras"... ouf, on se détend... un autre nous demande de le suivre au fourgon. Je suis quand même pas très rassuré . On monte dans le fourgon et là ... surprise, un des flics dit à Patrick " oh patrick, tu me reconnais pas ?" putain, c'est un CRS en renfort ,de la légion de Corse... On commence vraiment à rigoler et les flics sortent le pastis. Collot est pété de rire...on ressort torchés au petit jaune et on se casse chez le forgeron.


Cette fourche a pas fait de vieux os puisque je l'ai pliée en 84, un soir de bringue...au pastis ! c'était son destin...

 

- Mon vieux laté dans sa première version (1973-74) - La fameuse fourche le fameux jour ! - ma gueule à cette époque -

 


Tant que j'y suis (je commence les cours à 13h30) ça me rappelle les premières sorties de mon laté version chopp. Collot et la Marie venaient de passer me voir dans mon bled, donc ça devait être en 72 ou 73 puisqu'ils habitaient encore à saint Raphaël, je crois. Le chopp était en construction et certaines pièces en fabrication. En particulier un sissy bar énorme fabriqué par mon pote Ronca, surmonté d'une croix de fer en maillons de chaine soudés. La selle cobra était une fabrication personnelle, ainsi que l'ensemble garde-boue et feu arrière réalisé par bibi en fibre de verre autour d'un feu de VW... je ne qualifierai pas l'ensemble d'œuvre d'art, mais ça en jetait ! j'avais peint le cadre en doré recouvert d'un vernis kaki du plus bel effet. Le réservoir était kaki foncé, décoré aux couleurs du club. Le guidon provenait d'un ensemble de morceaux de guidon manchonnés puis brasés par mon cousin Armand. Absence de garde-boue avant, évidemment , ni de phare d'ailleurs!(sur la bécane: Gé et Nelly de Nice)
Donc, après les conseils avisés du père Collot, je décide avec Ronca, de faire les essais sur route du chopp. Mais l'absence de la boite à batterie , envoyée par Mme Van De Velde, mais bloquée en douane, nous oblige à attacher la batterie au garde-boue avec un tendeur. Il faut aussi savoir qu'à cette époque je n'avais encore jamais utilisé la pédale suicide, ni le levier de vitesse à main ! De plus le chalet de mes parents est situé au bas d'un chemin pierreux non goudronné et à forte pente. Me voilà face à la montée, moteur tournant, pas fier mais décidé à en découdre sous le regard goguenard des copains et des copines (la photo a été prise ce jour là). Je débraye, j'enquille la première , la main droite crispée sur le levier du frein avant (roue de BSA avec frein à tambour ventilé très efficace !) ... j'embraye en accélérant, la bécane bondit, le pneu arrière dérape et je pars comme une fusée dans un nuage de poussière de terre et de cailloux... putain , tout le chemin en dérapage plus ou moins contrôlé, je frôle un poteau de téléphone en bois (celui où, plus tard je plierai ma fourche) et je débouche sur un autre petit chemin goudronné qui dessert le home d'enfant des Chamois, chez Simone. Toujours en pente ce chemin rejoint la nationale après une épingle très serrée et pentue où ne peuvent passer deux véhicules en même temps. J'ai ralenti car j'arrive sur l'épingle...je fais cirer l'embrayage de crainte de me trouver face à une bagnole... tout juste, un fourgon de livraison se pointe...je cale en montée, avec dans mon dos un vide sans protection de 4 à 5 mètres. Le mec s'impatiente, klaxonne , plus ça va plus je me mélange les crayons. Enfin j'arrive à passer le point mort, mais je ne peux plus reculer, sauf à me foutre au bas du mur, et le con qui ne veut pas reculer !...entre temps les copains sont montés voir ce qui se passait, et devant le nombre le mec finit par reculer. L'épingle passée, je rejoins enfin la nationale. Putain, je suis tout transpiré ! Bon, je vais monter jusqu'à la Colmiane (1800 m) à environ 8 km, pour faire les essais sur route. Démarrage en dérapage sur le gravier, j'ouvre les gaz et je prends mon pied sur cette nationale qui serpente de 1200 à 1800 m. Le seul petit problème sera la traversée du village de St Dalmas à cause des poules , chiens et chats. On s'était plantés en 69 avec le Ducat de Ronca sur une poule, à l'entrée du village. Bon, j'y vais... le pied, ça ronronne , ça vibre ... ça vit quoi !...je me régale, mais j'ai un petit nœud à l'estomac car je viens de penser à un truc: et si les gendarmes de St Sauveur étaient à la terrasse du relais MilleFonts ? ... je longe les premières maisons du village...j'arrive en vue du relais...oh putain non seulement il ya les gendarmes mais il ya aussi les CRS de Montagne...je passe devant eux, ils se lèvent tous et un CRS me cavale derrière en gueulant...putain je mets la gomme et je traverse le bled plein pot...j'ai eu chaud mais maintenant il va falloir redescendre ! ah oui j'oubliais de vous préciser que je n'avais encore qu'une carte grise US et donc que je roulais ce jour là sans plaque ...donc je risquais la totale !. J'arrive sur le plateau de la Colmiane et je fais demi-tour. A l'époque le plateau était désert, l'été ... je prends donc la descente en espérant arriver à temps au raccourcis qui me permettrait d'éviter le village. l'inconvénient est que ce raccourcis sort quasiment en face de la terrasse du relais de Millefonts...je décide de couper le moteur un peu avant et de passer avec l'élan, sous le nez des bleus. J'y vais. Jusque à l'embranchement du raccourcis, pas de problème ! ouf, je prends la descente sur un chemin de terre très pentu...je passe sans encombre sous les résidences et j'arrive en vue du village. Là je coupe le moteur et j'enquille cette grande descente sans frein moteur, uniquement sur les freins. Tout le monde connait la caractéristique des freins à tambour d'Harley, soit par ouï dire, soit par expérience...moi, à l'époque je l'ignorais !! ... je descends de plus en plus vite et les freins me freinent de moins en moins ... je prends de plus en plus de vitesse...je vois arriver la route et la terrasse du relais...oh putain, d'un coup, sur le gravier du bord de la route, la roue avant se bloque et je pars en dérapage dans la barrière en bois de la terrasse ! impact ! la roue avant rebondit sur la bordure...je fais un vol en l'air, cramponné aux poignées et je retombe sur l'arrière de ma selle Cobra...pas de mal...à la terrasse, personne , juste la patronne qui sort en rigolant et me crie:"taille-toi vite Castro, ils sont montés te chercher à la Colmiane !".je ne fais ni une ni deux et je démarre en trombe ou presque, direction la maison. Tout va bien jusqu'à la ligne droite de la Roche. Là, tout à coup, plus rien ! plus de moteur !... je me gare dans le bas-côté dans un renfoncement et je descends de la bécane pour voir. Stupéfaction !...les câbles de la batterie pendent, inutiles car la batterie s'est fait la malle... je remonte à pied sur la route pour essayer de la retrouver. A quelques centaines de mètres j'aperçois quelque chose d'informe sur le bitume: ma batterie explosée en miettes...merde ! et à ce moment j'entends le bruit d'un véhicule , je lève la tête et je vois le fourgon bleu des gendarmes qui descend sur la route, au dessus...re-merde ...vite je me planque dans des buissons qui bordent le talus...ils descendent, passent devant moi, devant la bécane, sans ralentir et continuent leur route. Je cavale comme un fou à la bécane, en poussette car à cet endroit la route est presque plane...je pousse, je pousse et puis je pense à un truc: dans la poche du blouson j'ai une pile Wonder de 4,5 volts, si j'essayais ? ... j'essaie et putain ça marche ! je rentre au chalet avec le moteur alimenté par une pile de 4,5 volts !...

CASTELLET Avril 1978

Bon, en 78 on est allé au Castellet pour la concentre annuelle. Pour ceux qui ne connaissent pas le circuit Paul Ricard (!) du Castellet c'était, car il n'existe plus , le circuit auto et moto du sud de la France situé dans les environs de Toulon, et tous les ans s'y déroulait une concentre réputée. Donc en ce mois d'avril 1978 le club se prépare à aller passer trois jours sur le site. À cette époque le club comprenait une cinquantaine de membres entre les niçois, les cannois, St Raph et les marseillais, plus quelques sympathisants et copains isolés. Comme bécanes, nous Infâmes Côte-Sud on alignait trois 1000 sportser Ratou Lou et Furet, une électra Marc , des Triumphs T100, T110, SpeedTwin, Phil, Titus, Robert, JP, Taraz ,2 chops HD 750 WLA , les frangins .... à part les récentes, les autres étaient en assez mauvais état, huileuses à souhait, aussi sales que nos couleurs et nos originaux (jeans graissés, huilés à l'huile de vidange et au cambouis)...donc une horde assez crade dont une partie usaient de produits dopants dont je tairais les noms ici ... Nous voilà partis dans la soirée et non pas en fin de matinée comme prévu, suite à la chute impromptue et à l'arrêt d'un prospect qui n'a pas enlevé assez vite ses pieds des barres de route en s'arrêtant à un feu rouge et a du réparer pendant qu'on s'alcoolisait à la terrasse d'un bistrot... Premier arrêt en plein milieu d'une petite route de campagne , en pleine nuit, car Petit-Marc et Roch on vu Sitting-Bull dans les nuages... Bon, après explications, on continue.... second arrêt dans les mêmes conditions, une bécane n'a plus de lumière, ni derrière ni derrière, ni derrière ni devant... on le prend en sandwich entre 2 bécanes et on continue. Au bout d'un moment on perd un groupe de bécanes. Demi-tour, on les retrouve 3 km en arrière entrain de fumer un pèt en nous attendant. "Y'a JP qui a gerbé !" et je vois le mec chaviré sur sa bécane qui vomit les demis et les pastis avalés tout au long de la journée. On attend donc que les choses aillent mieux et une heure à peu près plus tard on redémarre.
Lou commence à râler:" putain où tu les as trouvés ses mecs , y sont pas valables ... y savent pas boire !" ... bon on finit par repartir et on arrive au beau milieu de la nuit en vue du circuit. Mais, pour ceux qui ont connu le site, il y avait un grand virage à gauche assez serré avant l'entrée du site. Un des mecs en Harley qui en avait marre de rouler derrière des Triumph et des BSA, double à l'entrée du virage mais doit se rabattre en pleine courbe, entre deux bécanes. Sauf qu'il n'a pas vu la bécane sans lumière qu'il accroche. ça freine et le groupe de tête constitué d'un dizaine de bécanes, part au tapis. Gros tas de bécanes enchevêtrées ! Ceux qui suivent évitent le carton et se rangent un peu partout. De mon côté, j'arrive avec le groupe de queue... le temps de comprendre, je freine, glisse et me plante dans le fossé... pas de mal mais de la tôle froissée ! On récupère tant bien que mal tout le monde. Malheureusement il y a un blessé qui s'est pété une côte (Bassine ?) et souffre au point de ne plus pouvoir conduire.
Enfin on arrive sur le terrain, on trouve un coin de maquis isolé et on s'installe en vrac. Ratou et un autre mec allument du feu... mais le bois est humide ! Alors le mec approche sa bécane, démonte la durite d'essence, verse de l'essence dans un casque allemand et la balance sur ... l'allumette de Ratou ! Vlouff ... la flamme saute du sol vers le casque puis du casque sur le réservoir de la bécane... panique ! ... tout le monde éteint ce qu'il peut... on éloigne la bécane dont la durite d'essence a fondu ...Enfin, le calme revenu, tout le monde commence à tomber de fatigue... ouf ! bonne nuit, à demain... c'est pas fini !


Donc , le matin on est réveillé par le vrombissement des bécanes sur le circuit. On a tous un peu la tronche dans le cul à cause des apéros et du reste... Ratou et Furet éteignent le feu en le piétinant et en pissant dedans ... oh putain ça daube ! On doit faire de l'essence avant le défilé et on se pointe à la station du coin. Ratou arrive devant le pompiste qui le regarde arriver, se lève, va prendre un seau d'eau et le lui jette dessus... Oh merde ! on descend des bécanes prêts à en découdre, mais le mec tend son index vers les pieds de Ratou : ça fume ! une bande de son jean est cramé jusqu'à mi-mollet, une braise était tombée dans l'ourlet et la toile se consumait tranquillement (à l'époque on était tous habillés à peu près pareil : jeans 501 tube délavé et graissé avec un gros ourlet dans le bas, sur des bottes allemandes noires. Pour ma part j'avais un pantalon de gardian marron à liseré noir, à peu près propre !. Là dessus en toute saison, un perfecto noir ou marron avec par dessus le gilet du club.)Un peu cons, on remercie le mec, on fait le plein et on se barre après avoir tous payé, pour une fois ! (le spécialiste du départ en catastrophe des stations service, sans payer c'était Wolf, un autrichien qui roulait avec nous, et cette fois ci ils n'était pas venu en Dans la matinée les marseillais du Liberty sont arrivés et nous nous retrouvons à environ 200 bécanes de clubs 1%. Du coup on défile dans le site suivis par d'autres mecs en bécanes. Peu à peu ça s'échauffe et certains commencent à piller les stands des exposants sans que quiconque n'ose s'opposer à la marée des motards. Des stands se cassent la gueule , les pillards se remplissent les poches de gadgets, ça commence à partir en couille sérieusement ! Finalement après négociations avec les gendarmes appelés en renfort par les organisateurs, et avant que ça ne se gâte trop, il est décidé de calmer le jeu et de se tirer... mais avant on escorte et on porte en triomphe le cascadeur qui a sauté 10 bus alignés côte à côte. On se barre escortés par des motards , un fourgon et survolés par un hélicoptère de la gendarmerie. Débarrassés des pandores, on se jette sur la terrasse d'un bar d'un petit bled sur la route et vas-y les pastis ! Pour ma part, je carbure raisonnablement car je garde un oeil sur mes gaillards. Le président doit toujours être en état de régler les problèmes multiples d'un club sur la route. Il fait très chaud, la terrasse est en plein soleil et on décide de rentrer à l'intérieur, on n'est plus qu'une trentaine, les autres sont rentrés chacun de leur côté. Du coup je place deux prospect de garde aux bécanes. Au bout d'un moment j'entends un brouhaha au dehors et un gars entre nous dire de venir voir. Les deux prospects font face à un groupe de provençaux mécontents... hé oui, un des deux arbore une croix gammée sur son biceps gauche et un casque allemand chromé, l'autre avec une totenkopf sur son bonnet menace les locaux d'une batte de base-ball ... Bon je négocie, mes gars enlèvent les insignes et j'en suis d'une tournée générales au frais du club. Sauf que je n'ai pas vu le journaliste qui a pris des photos et nous aurons la surprise de voir la photo du prospect faire la une du Provençal sous le titre "la nouvelle droite" (?)... j'ai encore l'article dans un cahier. On rentre enfin au bout de 3 jours passés à errer sur de petites routes et dans les petits bleds perdus du Verdon et des Alpes de haute Provence, crevés, car la dernière idée de Lou avait été de prétendre qu'on pouvait vivre en ne buvant que de la bière, on a essayé mais ça n'a pas marché !

(La photo de toutes les polémiques: aucun de ces jeunes n'est un nazi, mais la confrontation "jeunes/vieux" de la fin des années 70 a consisté à provoquer tous ceux qui représentaient les réactionnaires gaullistes qui étaient souvent entrés en résistance en 44 mais qui portaient des placards de médailles quand les vrais résistants n'avaient même pas la reconnaissance de leurs concitoyens. Bien entendu on ne réalisait pas bien la portée de ce geste et, pour ma part je le regrette.)


En 88 on est partis Riton , sa meuf Nat et moi faire une petite virée...qui s'est terminée à Bruxelles ! Bon, donc on décolle de Nice un après-midi d'août sans vraiment savoir où on allait. Riton voulait passer chez lui, en Auvergne, moi je m'en foutait, du moment qu'on roulait... On va faire nos paquets et je vois le Riton rappliquer avec un assemblage de sacs poubelle bleus ciel qui, vus de derrière faisait penser à une bite dressée vers le ciel le long du sissy bar, et à 2 belles paires de couilles de chaque côté...ça me fait encore marrer rien que d'y penser !... le shovel de Riton et mon laté se connaissaient déja puisqu'on avait fait pas mal de route ensemble à droite et à gauche depuis son retour. Tout allait bien, camping peinard...jusqu'au abords de Clermont Ferrand. Riton se gare sur le bord de la route et me propose de rentrer dans la ville où il a quelques copains. Bon, Nat le prévient de ne pas faire le mariole comme il aimait bien le faire devant les potes . On rentre dans la ville sous une pluie fine pas gênante mais opiniâtre. Arrivés sur une grande place circulaire pavée, bordée de bistrots, on commence à tourner et soudain le chopp se couche et part en glissade sur le mouillé, juste devant la terrasse d'un troquet ! Sainte Gamelle priez pour nous ! Le Riton se ramasse, dégage Nat coincée sous la bécane et qui gueule ... Copieuse engueulade pour nous deux...Nat est dans une rogne !
On fuit honteusement le centre ville pour enquiller une 3 voies. Riton me double plein pot et j'entends un bruit soudain de succion suivi d'un silence étrange puis d'un bruit de ferraille. Quelque chose pend au guidon du chopp...Riton se rabat sur le talus... et je reconnais l'objet: c'est le carbu qui pend ridiculement à la poignée d'accélérateur, goujons arrachés dans la chute à Clermont. Merde ! on répare avec des moyens de fortune: mélange de colle époxy et de poudre d'aluminium... ça tient, on repart. la pluie s'intensifie , on roule un peu au radar , buée , flotte...tout à coup, à la hauteur du camp de Sissonne Riton aperçoit des AMX 13 VTT en manoeuvre. Il me fait signe de me rabattre sur le bas-côté. Curieusement je trouve ce bas-côté bizarre ... blanc immaculé ! Et puis depuis un moment je voyais des panneaux de travaux mais sans les lire... il y a aussi les carottes fluo oranges de la DDE ... bof , avec une synchronisation impeccable nous nous projetons dans cette bande blanche... Oh putain j'ai l'impression de plonger dans du yaourt ...la bécane s'enfonce freinée par cette matière gluante... je ne vois plus rien ... je me retrouve moteur calé, enfoncé jusqu'aux moyeux dans une argile blanche presque liquide genre kaolin... j'en ai jusqu'aux genoux. Devant moi même scénario pour le père Riton. Nat a essayé de descendre de la bécane et est enfoncée dans la boue jusqu'à mi mollets. On est englués, prisonniers de la gadoue et il flotte, il flotte ! Heureusement un mec en caisse, de la région nous vient en aide et on se sort de ce pétrin. Peu à peu, en roulant sous la pluie on se débarrasse de la pègue !



Châtellerault

Le 1er mai 79, on s'emmerdait ferme à Nice. On part sur Cannes rejoindre la section de Lou. Ce jour là il y avait pas mal de monde à Cannes, Roch, Lou, les frères Franqui, Bib, les grassois, d'autres que j'ai oubliés ... et Wolf ! On se plante au Provence, rue de la République dont Lou connaissait le patron. Quelqu'un, naïvement, poste Fu et Roch à la garde des bécanes ... ils avaient trouvé des baïonnettes rouillées et ils faisaient les 100 pas de long en large du trottoir en portant l'arme au côté comme une épée. Fatalement, au moment ou Roch effectuait un demi-tour règlementaire , au pas, la pointe de son arme accroche le futal d'un pébron qui remontait matinalement son taux d'alcoolémie à un niveau normal et lui ouvre une boutonnière dans le fondement . Drame ! le mec éructe, gerbe son casa sur les pompes à Lou ... et ça part en baston général !... évacuation et on part s'emmerder ailleurs.
Alors Wolf le germain exprime avec ses mots son mécontentement: "ça pas bon !". Tout est dit, je cogite et pour faire oublier ces conneries je décide de prendre la route et de mettre de la distance entre cette côte, dite "d'azur" et nous. Mais où aller ? à cette époque j'avais une piaule d'étudiant avec 2 copains VRP, dans un vieil immeuble rue Sainte Catherine à Marseille. Mais les potes étaient remontés chez eux. François à Châtellerault et Pat en Isère. Je décide donc de monter à Châtellerault avec la horde. Et c'est parti, d'abord pour Marseille. Lou en sportser, les frangins en chopp 750, Fu en sportser, Bib en électra... Wolf et moi en Triumph ...etc... Jusqu'à Marseille tout va bien. on dort chez moi, c'est un peu le bordel et il n'y a pas de chauffage. Mais on repart dans la matinée vers Saint Etienne. Forte chaleur dans la vallée du Rhône, on transpire et Lou écluse les troquets. La fraîcheur nous prend dans la montée du col de la République, puis le froid ...enfin, la neige et une fine couche de neige qui saupoudre la route dans un froid glacial. Fu et sa femme qui n'ont pas de vêtements chauds , nous quittent et font demi tour. Patoune qui chevauche derrière moi est congelée. Je l'ai enroulée dans une vieille couverture de selle. On roule les 2 pieds par terre car ça glisse un max ! Wolf exprime encore son mécontentement " ça pas bon , Castro" (il prononce Castro "Cachtro")... embouteillage monstre car les caisseux freinent et glissent dans les fossés...Bref on sort de cette pagaille en redescendant sur Saint Étienne. Enfin de la chaleur ... et de la pluie ! une pluie fine et pénétrante ... Brrr ...Serge a un problème sur son chopp. on découvre qu'une patte support du moteur s'est déssoudée ! Avec du fil de fer on improvise une réparation et on cherche un artisan pour la faire souder. Dans un petit bled près de St Étienne on dégote un vieux maréchal ferrant qui nous fait ça sans problème et pour rien ... on redécouvre la France profonde, pour des azuréens ça décoiffe ! Du coup on lui laisse 2 bouteilles de pinard. On reprend la route, et dans la soirée après avoir galéré sur les petites routes pour retrouver notre route on tombe dans un village du Forez, ça caille ! je dis à Lou d'aller essayer de trouver du bois pour camper. On installe le camp dans une prairie fauchée qui sert de camping municipal , près d'une place de village. Les tentes montées, on dresse un foyer avec des pierres trouvées sur place, lorsque surgit Lou affolé qui me dit: "Putain Wolf a trouvé du bois, il a démonté la clôture d'un champ !"... j'ai à peine le temps de me lever qu'il arrive avec , en remorque derrière sa bécane, un amas de fil de fer barbélés et de piquets de bois, suivi des autres couillons qui rigolent ! Cram. me rétorque:"tu voulais du bois ? hé ben, t'en as !". Imparable ! Je vous laisse imaginer le feu de camp avec des mètres de barbelé en train de roussir dans les flammes !. Du coup, le matin dès l'aube, départ en catastrophe de la meute. Dans la matinée on atteint le village de la Palisse dans le Bourbonnais et on cherche une auberge pour le petit dèj'. On en trouve une au bord de la rivière. Immense salle de ferme vide avec une unique table monumentale où on peut faire manger un régiment ! Là, on se tape un petit déjeuner pantagruélique avec produits du terroir: beurre en motte, confitures de la grand'mère, pâtés et saucissons variés, jambon tranché directement sur le gigot...en plus le patron fait le spectacle avec son chien. À l'époque il était passé avec lui à la télé: il froisse du papier et y ajoute un billet de banque froissé, le chien cherche et ne ramène que le billet. Ensuite il nous montre son chien qui monte aux échelles, fume la pipe et compte en frappant le nombre de la patte... je me fais un peu de soucis pour le prix ! en vain, j'ai presque honte en payant... rien à voir avec Nice. J'en ai des cigales dans la tête, de quoi se réconcilier avec le genre humain ! On repart vers le but de notre virée Châtellerault...

Oui, je reprends la main par-ce-que je dois évoquer le souvenir de quelques personnages importants de l'histoire des clubs MC: les Scavengers de Nice, Sam, Lou, Easy, Frankie et d'autres moins connus. Je reviendrai sur la virée de Châtellerault plus tard.
Pour ceux qui ne connaissent pas la région niçoise, il faut savoir que la montagne est à 60 km de la mer ce qui en fait la ballade dominicale de nombreux niçois et , bien entendu de la plupart des bikers locaux. À l'époque c'est donc une de nos destinations privilégiée avec la côte l'hiver (Fréjus, St Raph. etc...) Avec en plus le fait que quelques uns d'entre nous disposent d'une piaule dans ce Haut-pays niçois. C'est mon cas. Donc , très souvent le club se propulsait à Valdeblore pour passer le week-end. Il y avait une boîte célèbre à St Martin Vésubie: le piolet ! Tout les samedis soir délire et baston assuré ! Les patrons assuraient musicalement et arrosaient bien. Du coup on arrivait vite à la surchauffe ! Il faut dire que la clientèle de cette boîte était une clientèle de choix: bucherons l'été, moniteurs de ski l'hiver, bergers, artisans maçons, menuisiers, agriculteurs de montagne, etc...lorsque quelque petit minets de Nice pointait son nez là dedans, il ressortait rapidement de son plein gré ou éjecté manu militari par une des issues de secours. On faisait toujours notre petit effet lorsqu'on entrait en couleurs dans la boîte mais on nous connaissait et les mecs savaient qu'on était capable de foutre le bordel. Aussi on tolérait notre présence mais ça tenait à un fil. Surtout lorsque Mickey déjà très chargé, retrouvait son acolyte , un bucheron-moniteur de ski très caisse, chaussé de ses pompes de montagne Galibiers ou Dolomites pesant chacune le Kg dont il vaut mieux ne pas prendre un coup dans les cacahuettes !
Entre eux deux, le match commençait: d'abord, côte à côte ils éclusaient des dizaines de pastagas tout en se provoquant, et d'alcools divers comme du Génépi maison et de la Brande...Comme aucun des deux ne calait, ils se lançaient des défis de plus en plus sauvages comme de bouffer avec les dents les ampoules allumées au dessus du bar ou de péter les rambardes de la mezzanine à coup de boule...Pierre , le patron essayait d'intervenir en vain...ça finissait à coups de poings et de tête dans les murs et le mobilier. À ce moment là, les danseurs évacuaient la piste et les deux clans se rentraient dedans. Devant la supériorité numérique et l'avantage en poids de nos adversaires nous effectuions alors un repli stratégique vers les minuscules et très pentus escaliers de sortie. Invariablement, Furet se plaçait au niveau de la mezzanine, un tabouret de bois en main, et après que tout le club soit passé , il matraquait tous les gugus qui nous filaient le train...ça saignait pas mal mais les coups étaient mesurés.
Aujourd'hui, lorsque je rencontre Campéro ou Coyotte, deux de nos adversaires de l'époque, on en parle en rigolant...Parfois c'est Titus 130 kg, qui fermait la sortie avec son ventre...ou Gé... Un jour Mickey les avait même braqués avec un flingue le long du bial !
Enfin parvenus à l'extérieur de la boîte , on prenait nos bécanes et on
rentrait en râlant et en jurant de se venger ! Jusqu'au jour où un mec a eu l'idée de bloquer la rue avec sa jeep et m'a braqué avec un fusil de chasse. Il s'appelait Gilbert ...pas de chance, il est mort en forêt dans un accident du travail quelques mois après. Une grume qui descendait dans une tire à bois a heurté une pierre qui a frappé le pauvre gars au visage le tuant sur le coup !
Sam "le chinois" montait souvent avec ses potes dans les vallées. D'ailleurs c'est comme ça que j'ai connu Pierrot de Motopolis avec nos latés 750cc. Il était monté se balader dans le Haut-Pays. Mais nos relations avec les Scavengers sont restées trop irrégulières et peu nombreuses. Avec Sam qui a fait pas mal de conneries avec Mickey, on se rencontrait un peu plus souvent, chaque fois ça finissait en galères alcoolisées et mouvementées . Et puis le temps et nos choix respectifs nous ont éloignés...des Scavengers niçois il ne reste que Frankie et dans une certaine mesure, Pierrot.
Chez nous, il y avait Narnar, Bébert, Ratou, Furet, Pascal, Lou, et n'oublions pas nos compagnes, Patoune, Fulvia, Anne, Yvonne, Gislaine, Chris... Bises à tous !

Donc après le petit dej' à La Palisse, on repart. Quelqu'un gueule "hé les gars faut faire du jus, chui à sec !". Direction la première station service en vue. À l'époque j'avais une caisse de club avec très peu de pognon, donc je payais le total quand je pouvais ou chacun payait son essence, ça dépendait de l'état du compte. Cette fois là, on avait décidé de garder du blé pour la bouffe donc chacun paierait son essence et la cagnotte ne servirait qu'à dépanner...mais certains n'avaient pas percuté et ils se passaient le pistolet . On se sert en bordel , le mec commence à perdre le fil et tout d'un coup il s'énerve et sort de la station en gueulant "payez moi ce que vous avez déjà pris !". Des mecs commencent à payer mais je vois quelques bécanes qui se cassent. Tout à coup Wolf démarre et se casse plein pot suivi par d'autres. Le mec affolé écarte les bras pour empêcher les mecs de passer et, évidemment, se fait foutre par terre. De mon côté, j'essaie de calmer le jeu. Avec Lou et Ratou on aide le mec à se relever, on le ramène au local de la station, et je paye l'essence. Ça a l'air de s'arranger sauf que quelques uns de mes zouaves sont revenus et profitent de ce que nous discutons à l'intérieur pour se servir aux pompes. À l'intérieur on calme le mec, on lui explique qu'on connait pas ces mecs (avec nos couleurs sur le dos !), qu'ils ont profité de notre passage pour s'infiltrer parmi nous ...etc...etc... Finalement le mec nous paye un coup à boire et on se quitte bons amis. J'ai à peine le temps de kicker, que le mec ressort en hurlant, le poing levé menaçant car il vient de se rendre compte que les pompes ont tourné pendant notre discussion...on se casse en vitesse. Après quelques minutes de route avalées plein pot, on retrouve le gros de la troupe qui rigole de la bonne blague qu'ils nous ont faite ! Je suis furax et je les engueule !
On reprend la route. Lou a soif. La route traverse de très nombreux villages-rue et les bistrots sont très nombreux. Chaque fois qu'il le peut, Lou quitte le groupe et se précipite à l'intérieur pour avaler quelques pastis. À la longue il commence à être fatigué ! Cette fois là, lui et sa copine chevauchent un 1000 sportser tout neuf prêté par Marc de Moto 7. Lors d'un des fréquents arrêts qui balisent notre itinéraire, lou fait le plein du réservoir d'huile...sans contrôler le niveau ! Soudain, alors qu'il vient de démarrer, un énorme nuage de fumée l'enveloppe, il zigzague, effectue plusieurs embardées et s'allonge de tout son long au milieu de la route. Sa femme hurle comme un goret, la jambe coincée sous l'échappement, et essaie en vain de la dégager... pendant que Lou la bourre de coups de pompe "salope c'est ta faute, tu sais pas te tenir sur une selle ...etc...etc...) on se précipite et je vois les mecs se casser la gueule les uns après les autres ...finalement on dégage la route. En fait Lou a gavé le réservoir d'huile et' au démarrage, le surplus a été éjecté par le reniflard sur la roue arrière qui s'est mise à patiner. Étant donné l'état alcoolique du pilote , le résultat était certain ! Pendant qu'une pharmacienne soigne sa moitié...elle ne veut plus monter derrière Lou et elle monte derrière un grassois.
Lorsque tout le monde est calmé, désaltéré (sauf Lou) et prêt, je décide de partir. Il faut dire que l'incident a attiré une foule de badauds pas très sympathiques et qui commencent à nous invectiver, il est urgent de partir ! je ne tiens pas à m'expliquer avec les tuniques bleues !"En route ! " on décolle enfin... les 10 premiers kilomètres se passent sans problème, mais au onzième, on se rend compte qu'on a perdu une partie du Clan. Merde ! où sont-ils. Tim fait remarquer qu'on a quitté la nationale à un embranchement et que s'il le faut ...etc.. ça va j'ai compris, nos blaireaux qui s'étaient laissés distancer, ont tiré droit ! demi-tour et on fonce pour rattraper ces andouilles .... mais on ne va pas loin car la route est barrée par un barrage de gendarmerie ! Nous voilà frais ! et Wolf qui commente :"ça pas bon!"...bien sur Ducon! ... avant de faire demi-tour et de se barrer. Par contre nous nous arrêtons au contrôle. Les mecs nous font aligner contre le talus, les bécanes unes derrière les autres et chaque pilote devant sa bécane, et en avant pour l'inspection ! Au début, avec les bécanes neuves, ça va, mais dès qu'ils en arrivent aux vieilles et aux chopps, c'est le désastre ! Les pandores s'en donnent à cœur joie ! défaut d'éclairage, éclairage blanc (c'est moi ! à l'époque c'est interdit.) plaque non conforme, défaut de ci , défaut de ça... les PV pleuvent et les choses se gâtent lorsqu'ils veulent immobiliser les chopps 750 laté... je négocie et , grâce à mon passé militaire et à une carte que je garde précieusement, depuis, on réussit à éviter l'immobilisation et on se casse de justesse...Ouf ! je suis soulagé mais inquiet .
On roule depuis une bonne heure lorsqu'on aperçoit Wolf, sur le bord de la route, content de lui. Il nous rejoint et ça repart comme un seul homme. On est dans les environs du but de notre virée lorsque plusieurs Harley nous doublent. Ce sont les Clodos Sauvages de Melun , en visite dans le coin. On s'arrête, on sympathise à la terrasse d'un café où on rencontre un autre groupe de vieux, le Team Racing Harley (?), des mecs habillés dans le style de l'équipée sauvage avec Marlon Brando. Le long de la rue il y a , à ce moment là une bonne centaine de machines béquillées en épi contre le trottoir et la foule des badauds commence à s'agglutiner de façon inquiétante. J'en parle au Président des Clodos. Du coup, 3 nénettes sorties du dernier numéro de Play Boy, qui suivent le club en camionnette, ramènent 2 dobermans et 1 dogue allemand , et les attachent à côté des bécanes...effet instantané, la foule s'éloigne...et les flics rappliquent. Putain le carénage de ces filles ! ouf, j'en bave et ma Patoune fait un peu la gueule !
"on dort avec nos bécanes "
On arrive chez François dans l'après-midi et on fout nos bécanes à l'abri jusque dans l'appartement où on loge pour la nuit. Quelques copains nous quittent prématurément car ils doivent rentrer. Soirée joyeuse et animée à Châtellerault.
Le Lendemain, on se sépare car certains prennent l'autoroute pour rentrer sur Marseille, sur Nice. De mon côté, avec les vieilles et les chopp, je rentre par les nationales. On décide de rendre visite à Ch. en Avignon en se baladant car on n'est pas pressé. Tout se passe bien et on passe la nuit chez Ch. Au matin, on repart vers Marseille où je dois reprendre les cours. Patoune reste avec moi et on fait la route avec les frères Franqui, Pat et Serge, hélas disparus . Serge a tourné dans le clip vidéo de Dick Rivers "Nice Baie des Anges" que je n'ai plus jamais retrouvé. Il avait tourné avec son électra jaune, celle avec laquelle il s'est planté, je crois, en 86. Pat nous a quitté récemment en 2006, d'une longue maladie, comme Riton en 99, Johnny (je ne le savais pas c'est une nana qui le connaissait bien qui me l'a dit l'an dernier), Roch en 88 ... D'autres sont loin,Petit Marc (Australie) ou ont complètement coupé avec ce milieu, Gé, Ratou, Lou Peau-de-bête , Marc, Bib, Chris...etc...
C'est vrai que ce n'était pas du gâteau ! on était fauchés, on avait toujours les mains dans le cambouis, on buvait pour certain ou on prenait des produits illicites pour d'autres. Mais on vivait au jour le jour, heureux et libres, égaux et frères, sans distinctions aucunes ... que demande le peuple ! Bien entendu ça ne pouvait pas durer éternellement , il fallait bien, un jour se mettre à bosser...Quand je pense qu'on trouvait des bécanes, Triumph, Harley 750 dans leur jus, à 1000 1500 balles ! et le prix de l'essence ... ça fout les boules!
Chaque fois qu'on allait à Fréjus voir nos copains, on prenait la nationale qu'on avait surnommée "la route des Anges" et on traversait le magnifique Massif de l'Estérel en bécane. Chaque fois que je la reprends, je trouve cette route toujours aussi belle ! On l'a prise le jour où on a fait les Gorges du Verdon avec le Liberty MC de Marseille: président Mario vice président Johnny. Plus d'une centaine de bécanes pour cette virée... Tant que j'en suis aux hommages aux frères disparus, je veux évoquer ici la mémoire de mon petit copain Néno disparu en 88 à l'âge de 23 ans et qui roulait sur une de mes anciennes bécanes, un Triumph ThunderBird qu'il avait magnifiquement restauré...un motard, un vrai !

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Un soir de septembre 1980, à Nice, lorsque les grassois formaient une section du club, j'avais organisé une grande bouffe à la maison. On y était une trentaine, copines comprises et la fête s'annonçait exceptionnelle. A tout hasard, Roch et Furet, les 2 sergents surveillent depuis la fenêtre le parking improvisé des bécanes. Ce jour là j'avais préparé 4 énormes poulets rôtis avec garniture de légumes, au four. On se met tous à table et en avant les mandibules ! le tout arrosé d'un bon pinard. Tout à coup, Furet remarque une bagnole qui passe et repasse dans la rue, au raz de nos bécanes. Roch et lui descendent surveiller de plus près, mais la bagnole semble être partie. En fait à peine de retour à table, le cirque recommence: une bagnole en assez mauvais état descend la rue et frôle les bécanes garées en épis (à cette époque il n'y avait que quelques voitures garées dans la rue, en ce moment c'est devenu un parking). Roch commence à s'énerver et tout le monde est inquiet. L'ambiance est tombée, je décide de poster des gars aux deux croisements, planqués entre les haies de villas, de manière à intercepter le véhicule à son prochain passage et à régler le problème c'est à dire à voir la gueule du conducteur et des passagers, quitte à la leur casser si elle ne nous revient pas. À peine mis en place le piège fonctionne , à ça près que le mec fonce sur un de mes gars et se taille. Là on est en pression.Je décide d' éteindre les lumière car le soir tombe, et de se planquer à plusieurs dans l'appartement toutes fenêtres ouvertes pendant que les gars se planquent aux mêmes endroits dans la rue mais cette fois ci avec du matos pour braquer les types. Quelques minutes plus tard la voiture pointe sa calandre en haut de la rue. Croyant la rue vide, elle s'engage lentement dans la descente. J'avais donné à tous la consigne de braquer le conducteur mais ce dernier refait le coup précédent malgré les armes pointées dans sa direction, tourne à gauche au carrefour et accélère. Avant que j'ai eu le temps de réagir, une rafale de carabine automatique est lâchée dans sa direction . j'ai beau gueuler de cesser le tir, un autre pote armé d'un 12 à pompe se met à cribler méthodiquement le haillon arrière de la bagnole qui s'est immobilisée au beau milieu de la rue, entourée d'éclats de vitres et piquetée d'impacts. Tous les volets des villas du quartier se ferment en vitesse. Un silence pesant tombe sur nous. Vite, j'expédie les tireurs et leurs outils chez eux, on planque les bécanes restantes dans un autre coin du quartier en ne laissant que mon 750 et le BSA de Mickey dont c'est la place habituelle. Tout est redevenu calme. Il est environ 22h00. Pour cette heure ci, le quartier est curieusement silencieux et je devine les silhouettes des voisin derrière les lames des volets. On n'entend même pas le son des téléviseurs alors qu'en cette saison, à Nice, on vit avec les fenêtre ouvertes en grand...Silence total...soudain des bruits de pas précipités au haut de la rue puis plus rien. Même chose au bas de la rue. Des mecs se sont planqués aux angles des carrefours le long des haies. On voit le bout d'un chaussure qui dépasse.Toujours le silence...Une voiture de flics pointe le bout de son nez au bas de la rue...lentement elle remonte vers nos bécanes, un mec descend avec prudence, s'approche en scrutant les façades, le sol, les mains rivées sur son soufflant. Rien, il se détend, rengaine son arme, retourne à la voiture et revient avec plusieurs collègues. De tous les coins, les flics quittent leurs planques et rappliquent. collés aux clair voies on observe leur manège. Ils cherchent des traces sur les trottoirs et devant les entrées de villas. Enfin ils finissent tous devant mon entrée. Sonnerie, j'attends un moment, re-sonnerie, je me pointe, décoiffé, en chemise débraillée, comme il convient à un gugus paisible qui regarde la télé. Je reste sur le palier, au haut de l'escalier: "vous n'avez rien entendu de particulier ?" -"Non, je regardais la télé..."-"pas de coups de feu ?"-"j'en sais rien je regardais un western...alors pour ce qui est des coupe de feu !". le mec regarde les bécanes:"elles sont à vous ces motos ?"-"heu, oui"-"je peux voir les papiers des véhicules ?"-"à cette heure ci ?"-"vous préférez que je vous convoque à Gioffrédo1 ?"-"bon j'arrive".Mickey descend avec moi. je crains que des voisins ne sortent parler aux flics. "alors comme ça vous n'avez rien entendu ?"-"ben, non"-"pourtant vous avez les fenêtres ouvertes !"-"oui"-"cest curieux quand même, et les voisins non plus ?"-"...???...". Merde, s'il se met à sonner chez les voisins il risque d'y avoir du vilain. Un jeune demande au plus vieux:"chef, on sonne à côté ?"-"Non, laisse tomber on verra s'il y a des plaintes, demain."Le vieux se tourne vers nous pendant qu'un de ses collègues écrase consciencieusement les étuis vide de 222 qu'on a oublié de ramasser. "écoutez les gars, on a rien contre vous mais la prochaine fois que des mecs vous emmerdent, évitez de déclencher un tir de barrage qu'on a entendu jusqu'à la Dominante2 ! et puis toi G. (il utilise le nom de Mickey) ta carte grise de 350 pour un 650, ça fait désordre !...allez, bonne nuit !" On est scotchés...ils s'en vont. Il est 00h00, une dépanneuse a enlevé l'épave. On est encore tout étonnés de s'en être tirés aussi facilement. On n'a jamais eu de nouvelles des occupants du véhicule et cette affaire n'a fait l'objet d'aucun article dans les journaux. Même pas 1 ligne. J'ai essayé vainement d'en savoir plus sur les suites de cette affaire par un copain égaré chez les RG, tout ce qu'il a pu me dire c'est qu'ils avaient trouvé une grosse quantité de coke dans le véhicule. Je me demande encore comment ces mecs on pu en réchapper après une pareille pluie de projectiles : 2 fois 8 brennecke du fusil à pompes qui ont touché la lunette arrière et 50 balles de 222 le tout tiré à 20m et ayant atteint la cible ! mystère ! Le plus curieux c'est le silence des voisins !

1 Gioffredo, à l'époque c'est le commissariat central, celui où on a passé quelques nuits inconfortables. L'équivalent de l'Évêché à Marseille
2 la Dominante est un quartier de Nice situé à plus d'un Km de l'endroit où se passe l'histoire. Mais ce nom désigne ,pour beaucoup de Niçois le bar qui s'y trouve.

Castro, Flippo Maréchal

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Le village de l'horreur (fiction)

l'histoire: Pendant l'été 1973, un groupe d'une dizaine de jeunes bikers en Harley avec leurs copines en croupe, arrive dans un village de montagne du sud de la France le soir de la fête patronale. Le contact avec la population locale se fait difficilement. À la fin de soirée quelques membres du club sont provoqués et doivent affronter un groupe de bûcherons ivres mené par un berger et ses 2 fils. Submergés par le nombre 4 motards roués de coups s'enfuient et retrouvent leurs camarades dans le champ où ils ont installé leur campement. Entre-temps le service d'ordre du comité des fêtes expulse les bergers fauteurs de trouble. Un motard manque à l'appel et le président du club accompagné d'autres motards vient demander des comptes aux organisateurs alors que ceux-ci rangent le matériel. Un groupe de villageois cherchant l'apaisement, propose d'organiser des recherches dans les environs mais les autres dont un groupe de chasseurs xénophobes veulent expulser les motards et les menacent avec des fusils. Appelés en renfort les gendarmes séparent les protagonistes, arrêtent les 4 blessés dont le président du club et quelques chasseurs, et conseillent aux motards de partir dès le lendemain matin pour venir déposer à la gendarmerie et récupérer leurs copains.
Ces dernier attendent en vain la venue de leurs camarades et des nouvelles du copain disparu. Après leur déposition, les gendarmes libèrent les prisonniers qui se séparent en s'insultant. Les 4 bikers dont les motos ont été amenées dans la matinée par le garagiste, repartent vers la ville.

Début de l'action: Au début des années 2000, la mairie d'un village de montagne des Alpes du sud de la France décide de purger la retenue d'eau artificielle construite dans les années 70, qui alimente les canons à neige de la station de ski. C'est la première fois que cette opération est effectuée sur les retenues d'eau de la région et la presse locale fait une large publicité à cette opération. Aussitôt un étrange malaise s'empare des habitants du village. Malaise amplifié par l'arrivée dans la région d'un groupe de bikers âgés d'une cinquantaine d'années qui s'installent à l'hôtel du village.

Déroulement: les vacances d'été viennent de commencer et des curieux venus de toute la région assistent, tenus à distance par les pompiers et la gendarmerie, aux préparatifs de la vidange du lac. Des vendeurs ambulants ont installé leurs étalages sur le parking de la station. Les restaurants affichent complet et tout le monde semble se réjouir de cette attraction bienvenue en cette saison creuse. Pas tous car un certain nombre d'habitants de la commune semble éprouver un fort malaise à l'idée de voir le lac se vider. Ils ont épuisé tous les recours légaux pour empêcher cette opération. Le plus remonté contre la vidange du lac est un chasseur, ancien président de la société de chasse locale qui avance d'innombrables arguments pour empêcher cela.
Une nuit, les installations de pompage de l'eau sont sabotées. L'enquête de gendarmerie piétine mais ,au bout de quelques jours, un témoin se manifeste par téléphone. C'est la propriétaire d'un hôtel de la station qui déclare avoir vu un véhicule, vers 3 heures du matin, revenant à très faible allure des abords du lac, sans lumière. La vieille dame doit se faire conduire en voiture à la gendarmerie du chef-lieu de canton par son fils. Hélas elle est retrouvée morte au pied d'un escalier et le médecin légiste conclut à un accident. Son fils, ancien policier décide d'enquêter de son côté.
Pendant ce temps, 2 motards installés à l'hôtel enquêtent de leur côté. Ils racontent à l'hôtelier nouvellement installé dans la commune, l'histoire qui s'est passé ici dans les années soixante-dix et la disparition non élucidée de 5 de leurs camarades et de leurs compagnes. Intrigué, celui-ci, ancien bikers décide de les aider à élucider ce mystère.
Sur ces entrefaites ils rencontrent le fils de la morte et apprennent par lui qui est du village, que leur arrivée n'est pas passée inaperçue et que les langues se délient. Il vivait au village à l'époque des faits et a assisté à la soirée de fête au cours de laquelle ils ont été tabassés puis arrêtés. C'est lui qui les a aidés à s'enfuir au camping. Certains ont déjà fait le lien avec cette affaire et leur inquiétude grandit. Il ne sait pas pourquoi mais il a l'intuition qu'il y a une relation entre les 2 affaires car il pense que sa mère a vu les saboteurs et les a reconnus et que c'est eux qui l'ont tuée. Le petit groupe décide d'unir ses forces pour faire éclater la vérité.
Le lendemain, à midi, comme ils discutent au bar de l'hôtel, arrive une bande d'ouvriers de la station chargés de l'abattage des mélèzes et des travaux de terrassement des tracés des nouvelles pistes. Passablement éméchés, ils chahutent et importunent les clients.
Alors que le patron intervient calmement il se fait traiter d'étranger, de profiteur... et un des meneurs, lui conseille de s'occuper de ses affaires et de ne plus fréquenter le fils de la vieille et les voyous en moto. S'adressant à ces derniers il les somme de disparaître avant représailles.
Pour ne pas créer de problèmes à l'hôtelier, le fils de la vieille dame leur propose de les héberger dans son hôtel, fermé depuis le décès de sa mère. Néanmoins ils décident de continuer leurs investigations.
Quelques jours plus tard, la vidange du lac a pu reprendre et le groupe de travailleurs de la station fait irruption dans l'hôtel du village et obligent le patron à leur servir à boire jusqu'à plus soif. Très éméchés ils se livrent à des dégradations dans la salle de restaurant, faisant fuir les clients jusqu'à ce que l'hôtelier, armé d'un fusil de chasse les mette dehors. S'ensuivent menaces et insultes qui conduisent ce dernier à déposer plainte. Embarrassés, les gendarmes ne peuvent que constater leur impuissance face à ces hommes travaillant pour une entreprise toute puissante, protégées par des élus du département.
2 semaines plus tard le lac n'est toujours pas vidangé: menaces contre l'entreprise, voies de faits contre les employés, nouveaux sabotages. De plus, certains élus de la région ont monté une campagne d'opposition et de dénigrement de l'équipe municipale. Aussi le maire n'est-il plus aussi enthousiaste à l'idée de vider ce lac au risque de se voir lâché par la majorité départementale. Les travaux de pompage sont arrêtés à la fin du mois de juillet en raison de la sécheresse.
Entre-temps, à la suite d'une nouvelle demande d'expertise du corps de la vieille dame, par son fils, la justice ordonne une exhumation. Les constatation du médecin légiste vient infirmer la thèse de l'accident: la vieille dame a été frappée sur tout le corps avant d'être précipitée dans la cage d'escalier. De plus son agresseur l'a maintenue au sol et lui a asséné un coup fatal au crâne. D'autres parts, des traces de sang séché ont été trouvées sous les ongles de la victime, ce qui ferait penser qu'elle s'est violemment débattue et qu'elle a résisté à son agresseur.
Rapidement l'enquête s'oriente vers un marginal vivant seul en montagne dans une caravane, et qui rend de petits services à droite et à gauche pour payer sa drogue. Arrêté, il avoue le crime mais précise qu'il était accompagné de 3 complices. Une forte somme d'argent est retrouvée à son domicile sans qu'il puisse en expliquer la provenance. Il raconte aux gendarmes qu'il a travaillé pour le responsable de la station et que celui-ci lui a payé son travail en liquide. Mais ce dernier ne confirme pas ses déclarations et nie avoir employé le marginal aux tracés des pistes. Convoqués individuellement, certains ouvriers évoquent des pressions de la part du fils de leur patron, dont des menaces de renvoi, s'ils parlaient de quoi que ce soit aux gendarmes. Plusieurs d'entre-eux disent avoir rencontré plusieurs fois le patron , son fils et 2 chefs d'équipes en compagnie du marginal, dans un 4x4 de l'entreprise, roulant sur la route de la station. De plus ils affirment que le fils du patron est l'ami du marginal et qu'ils se droguent ensemble.

De leur côté, le petit groupe avec le fils de la vieille dame recueille le témoignage d'un ancien cantonnier en retraite. Il leur explique qu'il est sans doute le dernier à avoir vu le biker disparu le soir de la fête. En effet, rentrant chez lui à pied sur le talus de la route nationale, il a aperçu plusieurs individus descendus d'une jeep, jetant quelque chose par dessus le rail de sécurité, dans le fossé. Abrité, dans l'obscurité, par des buis, il a aperçu un corps gisant dans l'herbe, puis la jeep est repartie avec ses passagers. Terrifié, il a attendu le matin pour remonter, en voiture voir si le corps était encore là mais il n'a rien trouvé sauf...ça, et il tend un trousseau de clefs. Ce sont les clefs d'une Harley de cette époque. Mais pour les motards cela n'explique pas ce que sont devenus leurs autres amis ni le corps.
Au mois d'août, l'association des commerçants de la station exaspérée par l'arrêt des travaux demande la poursuite de la vidange du lac pour permettre sa remise en eau dès l'automne, après l'évacuation des dépôts et vases qui en encombrent le fond. La justice ordonne ,par référé, la poursuite des travaux avec une lourde pénalité par jour de retard à compter de la date d'ordonnance.
Malgré l'opposition d'une partie des notables locaux et habitants du village , le pompage reprend sous protection de la gendarmerie nationale.
Au milieu du mois d'août, le niveau a bien baissé et l'eau est devenue noire et boueuse.
Un matin , le groupe comprenant l'hôtelier, les bikers, le fils de la vieille dame et le cantonnier se retrouve au bord du lac. Des branches gluantes et des troncs commencent à apparaître au dessus de la vase sombre. Les ouvriers répartis sur les bords extraient les débris avec des gaffes. Un peu avant de partir, ils aperçoivent le directeur de la station et son fils qui contemplent la vase d'un air sombre.
Deux jours plus tard, des ouvriers remontent la carcasse d'une Harley. Immédiatement appelés sur les lieux les membres du groupe assistent à la sortie de plusieurs autres carcasses puis de divers ossements humains. Autour du lac de nombreux badauds se sont agglutinés le long du cordon des forces de l'ordre . Le biker entrevoit le père et le fils monter dans leur 4x4 et quitter les abords du lac.
Estimant qu'il est temps de se faire connaître, le plus vieux des motards se présente aux gendarmes et leur raconte son histoire.
À la fin de la journée les spécialistes de l'identité judiciaire dénombrent 9 squelettes dont 4 de femmes et 5 carcasses de moto que le biker identifie comme étant celle de ses amis de l'époque. Le médecin légiste note que les squelettes avaient été attachés les uns aux autres et lestés avec des pierres, avec une corde noire appelée ficelle à bottes, servant à lier les bottes de paille.
Rapidement, grace aux indications du biker, aux analyses des dentitions et à un examen approfondi des squelettes, le procureur de la république est en mesure de donner les noms de victimes. La presse locale se déchaîne et fait ses premières pages de l'affaire.
La gendarmerie, suite aux injonction du procureur, procède aux premières interpellations. Le berger étant décédé, ses deux fils sont interrogés sur les circonstances de la mort du premier biker. Ils reconnaissent s'être battus avec lui mais ils assurent qu'il était vivant lorsqu'ils sont partis. Les bûcherons qui les accompagnaient sont rapidement mis hors de cause dans ce meurtre et dans les autres puisqu'ils sont rentrés après l'incident. Les chasseurs sont entendus dans la foulée. Certains expliquent qu'ils étaient partagés sur la conduite à tenir. Les uns voulaient aider les bikers à rechercher leur copain, les autres avec le président, hostiles aux motards avaient pris des fusils pour les chasser du village. Par contre aucun ne semble avoir mis ces menaces à exécution et tous ont un alibi pour la nuit.
Enfin, les gendarmes désirent entendre le directeur de la station et son fils. Ce dernier âgé d'une quarantaine d'années était mineur à l'époque du crime . Quant à son père âgé d'une soixantaine d'années et retraité, il nie toute implication dans cette affaire. Cependant il paraît extrêmement inquiet et nerveux. Il insiste sur l'ancienneté de l'affaire, parle de prescription, et finit par lâcher: « si ces connards de motards n'étaient pas venus chez nous, rien ne serait arrivé ! ».Pressé de questions il nie toute participation à une expédition punitive sur les lieux du camping des motards.
Malheureusement pour lui une perquisition à son domicile permet de mettre la main sur une arme de poing détenue illégalement mais dont la provenance intrigue les enquêteurs: cette arme a été acquise par un tireur sportif de la côte qui l'a cédée lui-même à son frère. Or ce frère a disparu pendant un été des années 70 alors qu'il était parti avec des copains faire une virée en bécane dans le Haut-Pays. Comme ce frère menait une vie marginale, la famille a mis un certain temps à signaler sa disparition. Comme pour les autres disparitions la gendarmerie n'a pas poursuivi de recherches car , mis à part deux jeunes filles, les autres étaient majeurs et aucune information les concernant ne leur est parvenue à l'époque.
À peine l'information parvient-elle à la gendarmerie qu'une équipe de policier se précipite au domicile du directeur. Personne... son épouse et son fils eux-même ignorent où il se trouve. Le garde-chasse en tournée sur la commune a son attention attirée par un coup de feu. En période de fermeture de la chasse, il pense à un acte de braconnage et se dirige vers un point haut pour tenter d'apercevoir quelque chose à la jumelle. Il constate la présence d'un véhicule 4x4, garé le long d'une piste de montagne. Parvenu près du véhicule il aperçoit le conducteur effondré sur le siège passager le visage barbouillé de sang, un fusil de chasse pendant à sa main droite. À ses côtés, un carnet annoté sur lequel les enquêteurs trouvent ses aveux.
Ce que l'on apprend dans ce carnet éclaire l'affaire d'un jour nouveau. En effet, dans les années 70 cet homme âgé alors d'une trentaine d'années, moniteur de ski marié à la fille d'un commerçant aisé de la région, faisait de nombreuses conquêtes féminines dans les boîtes de nuit de la côte qu'il fréquentait. Dans l'une d'elle, où se retrouvaient les bikers locaux, il avait rencontré une très belle fille. Mais celle-ci vivait avec un marginal appartenant à un gang harleyiste. Ce dernier, mis au courant de la liaison de sa copine avec le moniteur de ski avait exigé le paiement d'une somme conséquente pour fermer les yeux. Le manège durait depuis plusieurs mois, le biker, devenu gourmand avait exigé d'autres versement et menacé le moniteur de mettre son épouse au courant de sa liaison. Le moniteur payait mais l'autre exigeait toujours plus ce qui le conduisit à rompre avec la fille.
Privé de cette manne, le biker avait alors entrepris des recherches pour retrouver le moniteur, ce qui l'avait conduit dans la station. Il avait tenté, en vain de le contacter et c'est la raison pour laquelle il était revenu avec sa bande pendant l'été 73, au moment de la fête.
Son idée était de remettre la fille dans les pattes du moniteur en espérant qu'ils reprennent leur liaison pour pouvoir exiger de lui un peu plus d'argent. Mais à leur vue, le moniteur qui était accompagné de son fils de 9 ans s'était enfui.
Cependant, dans la soirée, ce dernier était allé roder autour du campement pour essayer de voir la fille. Tout le monde était à la fête. Il avait attendu un moment mais le retour du groupe au campement après la bagarre l'avait obligé à s'enfuir par les prés. C'est pendant qu'il remontait vers la station qu'il avait entendu venir quelqu'un. Le biker blessé, descendait vers le camp à travers champs. La colère l'avait submergé. IL avait cherché un objet lourd pour frapper, trouvé une pierre assez grosse et surgissant des buissons où il s'est dissimulé, il avait frappé, frappé jusqu'à ce que le jeune homme ne bouge plus.
Pris de panique à la vue du corps, il avait couru jusqu'au premier bar ouvert. Les moniteurs de ski de la station discutaient de la bagarre à la fête et de la disparition d'un motard. Il était resté un moment au bar, consommant pas mal d'alcool pour se calmer, puis resté seul avec le patron, il lui avait expliqué qu'il savait où se trouvait le corps du biker disparu. Les deux aidés de 2 moniteurs étaient descendus dans le pré avec la jeep, avaient chargé le corps et l'avaient transporté sur la nationale le jetant au bas d'un talus pour faire croire qu'il avait été renversé par une voiture.
Ils étaient alors retournés au bar pour terminer la soirée. Mais, restés tous les 4 au comptoir ils s'étaient demandé s'ils avaient bien fait de laisser le corps là bas et avaient décidé de le changer de place. En route vers le col ils étaient tombés sur une camionnette avec quelques ouvriers ivres qui rentraient à la station avec leur contremaître. Les ouvriers assis sur le plateau avaient aperçu le corps, mal caché sous une bâche, et s'étaient étonnés de cette présence. Un des passagers de la jeep avait expliqué qu'ils l'avaient trouvé sur la route et qu'ils avaient roulé dessus par accident. Après discussion le chef d'équipe avait estimé que « des cons pareils ne méritent pas autre chose, on va le foutre dans le lac ! » et les 2 véhicules s'étaient rangés le long de la rive ouest du lac.
Cependant, sur l'autre rive les 4 filles étaient venues se baigner. Le groupe d'hommes transportant le corps, longeait la rive sans se rendre compte d'une présence étrangère. La nuit était sombre et le site pas éclairé. Soudain une fille apercevant des ombres avait appelé croyant que c'étaient leurs amis. Les hommes s'étaient jetés alors sur elles, les violant à tour de rôle et les tuant. Mais le bruit avait attiré les garçons qui déboulaient sur la rive. Armés de couteaux, de barres de fer et de bouts de bois, les ouvriers avaient eu vite fait de réduire les 5 types au silence.
On connaît la suite, après avoir ficelés les corps les uns aux autres, ils les avaient immergés dans le lac, lestés par de grosses pierres. Le temps passant, le moniteur de ski était devenu directeur de la station et l'affaire avait été oubliée.
L'annonce de la vidange du lac a réveillé les vieux fantômes. Ceux qui avaient participé de près ou de loin à l'affaire se sont affolés. Tout était bon pour empêcher la vidange du lac. Un soir le directeur a décidé d'organiser un commando pour saboter les installations de pompage. Malheureusement au retour, la vieille propriétaire de l'hôtel est sur le pas de la porte et elle les voit passer...
C'est le fils qui décide d'agir et pour cela il confie le travail au marginal...
Après le suicide du directeur de la station et la lecture de son carnet, la gendarmerie procède aux arrestations des acteurs encore en vie: le marginal, le fils du directeur et 2 complices, pour l'assassinat de la vieille dame.
En revanche, pour l'affaire des bikers, seuls quelques-uns des protagonistes sont mis en examen, le contremaître âgé de plus de 70 ans, 3 ouvriers retrouvés grâce aux archives de la station. Pour les 8 autres inconnus, la justice ne passera pas !

épilogue:
-L'hôtel de la vieille dame est fermé et mis en vente depuis plusieurs années, son fils a quitté le village pour s'installer en ville. Il ne trouve pas d'acquéreur.
-L'hôtelier du village fait tourner son affaire pour le plus grand plaisir des touristes et n'a plus eu de problèmes avec les employés de la station. Il a cependant toujours un fusil sous le comptoir!
-La sécurité de la fête patronale est maintenant assurée par des vigiles du Conseil Général. Il n'y a plus eu de bagarre sérieuse.
-La station de ski a été confiée à une nouvelle équipe et est en pleine transformation. Elle compte participer aux jeux olympiques.
-Le lac a été agrandi pour permettre de stocker plus d'eau pour les canons à neige. Les rives ont été sécurisées et les accès interdits pour éviter des accidents.
-L'ancien directeur de la station est enterré au cimetière du village non loin de la stèle que les familles ont faite ériger en souvenir des 9 motards assassinés.
-L'ancien maire battu aux précédentes élections vit dans une maison de retraite éloignée et refuse de parler de l'affaire.
-Le marginal est mort dernièrement d'une overdose d'héroïne dans une prison de l'est de la France.
-Le fils du directeur condamné à perpétuité s'est suicidé par pendaison dans la cellule qu'il occupait avec un codétenu. Celui-ci n'a rien vu.
-Le contremaître qui purge lui aussi une peine à perpétuité est maintenant dans un service psychiatrique fermé spécialisé car il a perdu l'esprit.
-L'ancien président de la société de chasse à l'époque des faits, vient d'être tué dans un accident de chasse par un chasseur non identifié à ce jour.
-L'ancien président du club de bikers, retraité de l'armée, vit au village où il est connu sous le surnom du « commandant ».

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j'ai retrouvé quelques vieilles histoires que j'ai écrites il y a belle lurette et que je me propose de vous raconter ces prochains jours. Pour ce soir je vous propose une histoire écrite un soir de 1978, dans un petit appartement de Marseille, rue Sainte Marguerite.

La fille aux yeux d'orage.

"Dans le grondement des bécanes de la horde personne ne le remarquait. Vieil ange déchu, avec son visage de gosse, son gilet en putréfaction, aussi vieux que son original pourri et ses bottes allemandes.
Tout laissait paraître la vieillesse et pourtant sous son cuir, sous ses côtes battait le coeur d'un gamin. Il avait eu son heure de gloire. Président du premier chapitre merdique de la côte, il avait conduit, durant des années, les jeunes loups à la curée.
Aujourd'hui, il roulait encore en tête, triste, désabusé, usé prématurément par le découragement et les emmerdes. Mais il était toujours le vieux président dégueulasse, le flippé de service et, comme avant, il menait la horde des vieux loups crevés sur les routes de ce pays vieux comme lui, cassé comme lui. Une merde, son club, tous des cons mais des copains ...

L'aventure elle commençait à lui casser les couilles ! il en avait connues des histoires de dingues ! il ne se les rappelaient même plus ! Pourtant il l'aimait son club, ils les aimait ses potes et eux l'aimaient bien, chacun à sa façon ...
Une merde sa bécane ! bien sur elle l'avait conduit partout, avec quelques défaillances, quelques emmerdes ... normal, quoi !

Pourtant il y avait un petit truc qui clochait. Toute sa vie il avait aimé les femmes ... ouais, les blondes, les brunes, les salopes, les gentilles... tout quoi ! mais celle là, merde !
Il l'avait vue la première fois dans l'unique petit troquet d'une petite ville à côté de la sienne. Des putains d'yeux qui l'avaient regardé et leurs regards s'étaient croisés. Son coeur avait du s'arrêter de battre, ouais, ouais, de battre, mec !
Tout de suite il l'avait sentie entrer dans ses tripes, il avait compris qu'elle avait quelque chose en commun avec lui. quoi ? ... peut être sa tristesse, ouais, ça doit être ça, sa tristesse à elle qui avait envahi son cerveau et avait fait l'amour à la sienne. Deux tristesses qui se rencontrent et qui s'aiment.
ça devait arriver, le vieux diable qui aimait la jeune fille ... la merde quoi !
Pour sur qu'elle ne voudrait pas de lui, son âge, sa gueule et tout. Lui, il avait décidé de l'aimer envers et contre tout malgré tout ce qui les séparait. Il le lui avait dit, connement ... elle n'avait répondu ni oui ni non, l'angoisse quoi !

Il avait roulé pour oublier, mais la nuit dans ses rêves il la voyait, toujours aussi belle, aussi jeune, aussi tendre qu'au premier jour. Il avait décidé de ne plus dormir pour ne plus rêver d'elle, mais , la fatigue aidant, dans la poussière, sous les lumières glauques des réverbères, il lui arrivait de prendre la moindre silhouette féminine pour cette fille et le coeur battant à tout rompre, il finissait par se rendre compte de sa méprise ... un coup pour rien ! De toute façon, elle était devenue le fantôme des corridors de son âme. Il croyait la voir partout ... et lorsqu'il rentrait le soir au local, et qu'elle lui souriait, il voyait le monde tourner autour d'eux. Elle était devenue sa vie... je crois même qu'elle était devenue plus que sa vie ... oui, je crois qu'elle était devenue vraiment tout pour lui. C'est ce qui a conduit au dénouement de cette histoire.

Lorsque je les ai connus, ils vivaient côte à côte. Lui, partait bosser pendant la journée. Elle, restait au local avec les autres, Sam et ses anciens copains.
Elle les aimait bien tous, trop pour sacrifier cette amitié à l'amour d'un seul mec, par ce que son âge n'était pas celui auquel on s'attache, sauf à un premier amour à la sauvette. Il était arrivé à la fois trop tard et trop tôt : Trop tard pour être le premier, celui que l'on n'oublie pas, mais trop tôt pour avoir dans la vie de cette fille une importance suffisante ...

Il supportait cette situation de quasi paternité , cet inceste de l'esprit. De toute façon, il savait que ça ne le mènerait à rien et, comme un ange déchu, il roulait poignée dans le coin, sans peur ni colère, avec tout l'amour que sa vieille carcasse pouvait encore donner.

Elle, elle vivait sa jeune vie comme une fille de seize ans, en dent de scie, une douce petite fille de seize ans, "sweet little sixteen" ! brûlant la chandelle par les deux bouts.
Il continuait sa vie commencée trop tôt. Elle se refaisait une santé, de temps en temps dans sa famille. Il vivait sur un campus, loin d'elle et ne la voyait que quelques jours par semaine... pas le pied ! pourtant ce vieux con acceptait la situation avec , au fond le vague espoir de la voir un jour chevaucher avec lui son Harley...
Et puis, un beau jour , étoile d'une nuit, elle est partie, lassée de cette vie et de ces mecs.

Depuis, Hell n'est plus reparu ... il s'est fondu dans la nuit chaude de l'été ...On a dit à une époque qu'on avait ramassé le corps d'un type sans âge au fond d'un ravin au côté de l'épave d'une Harley ...
Mais je ne veux pas croire à cette fin, je pense que, quelque part, une horde graisseuse et braillarde ripaille dans la nuit autour d'un grand feu. Je les ai vus !
Il y avait Frankie qu'on avait dit mort, Nounours le gros sergent qu'on croyait tombé du pont de la voie rapide avec son douze-cent, Riton emporté par la maladie, Mickey soit disant saigné par un surin, Baby blue la blonde folle qui s'était, dit-on, décalquée sur la calandre d'un trente tonnes ... Ils étaient tous là mes frères que l'on disait disparus ... tous, même elle, la fille aux yeux d'orage, et Hell le vieux et ils souriaient, enlacés dans l'herbe, enfin réunis et heureux. Le panard quoi !

Lorsque j'ai ouvert les yeux, Ratou me demandait "ça va ?". j'ai articulé faiblement: " ouais..." Je me suis relevé péniblement. La bécane était couchée sur le goudron à une cinquantaine de mètres de moi. Une tache d'huile s'étalait sur le bitume ... Je pensais "normal, une anglaise ..." Les copains relevaient ma Triumph. Je me tournais vers Louis: " quelle heure est-il ?"- "deux heures et on est pas arrivés ! Si tu t'endors encore au guidon on te ramènera en morceaux ! putain à quoi tu penses !"
Je hochais la tête ... à quoi je pensais ?

La bécane toussa au premier coup de kick, péta au second... du regard je cherchais mes fantômes dans la nuit ... tout était calme ... ils avaient disparus. Je respirais un grand coup et je mis les gaz.

Marseille le 8 mars 1978
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Tu reviendras mais nous qui sait où le destin nous mène...

"Elle est revenue ! ... ces mots, le vieux Hell les a entendu résonner un long moment dans sa tête. Elle était revenue la fille aux yeux d'orage, belle douce comme il l'avait aimée... Et elle est là devant lui, souriante, aussi émue que lui. Elle est partie loin de lui trop longtemps et elle est devenue une femme, une belle femme, loin des histoires du club, de l'autre côté de la mer.

Elle n'est plus celle qu'il a connue et aimée ... il est là devant elle, comme devant une étrangère qu'il connaîtrait mieux sous une autre apparence. Il avance vers elle , les yeux dans ses yeux. Leurs pupilles se noient, se fondent les unes dans les autres. Il se rapproche d'elle, immobile, comme hypnotisée, au moins autant que lui... chacun envoûté par l'image de son propre regard ... chacun reflet de l'autre ... leurs images se mêlent , se diluent l'une dans l'autre ... leurs coeurs battent à l'unisson.

Hell ne sent plus son corps, il flotte dans une immense fresque où ses souvenirs s'entrechoquent, se croisent et reprennent vie.
Il la voit encore sous les traits de la fille qu'il a connue autrefois mais elle se dissout dans un ciel piqué d'un million d'étoiles. Chaque étoile est le reflet de son visage... elles éclatent dans les flammes d'une immense explosion. Ses longs cheveux sont autant d'étoiles filantes qui traversent le ciel.
Hell rampe dans le fond du ciel ... il se dédouble, plonge dans l'oeil immense de la fille, grand lac turquoise aux reflets dorés qu'un imperceptible roulis anime par instant . Une vague plus forte le jette comme un fétu sur la grève floue de cet océan d'émeraude ... il disparaît.

La mer ... la mer ... le soleil tape et la fille, assise à l'arrière de la bécane articule en souriant un son que le cerveau de Hell ne reconnaît pas . Il sent qu'il n'a plus de corps, plus d'enveloppe charnelle. Son autre lui jaillit alors, saute en selle... Tilt !... la fille se retourne en riant "il a fait Tilt, il a fait Tilt !" ... une main inconnue glisse une pièce de 1 francs dans la fente du flipper. La main escalade le bord de l'appareil ... immense terrain flanqué de gigantesques phares de couleur qui jettent des éclats de toutes les teintes ... il rampe et se traîne sur le bois peint entre des numéros énormes ... Hell sent la peur lui vriller le ventre ... Au loin vient de surgir la sphère chromée qui dévale de plots en plots dans un bruit infernal ...

Hell accélère, la fille se cramponne à son buste. Il fait nuit, froid. Le moteur de son Harley rugit, pleins gaz, Hell se concentre sur la conduite, la peur et les hallucinations l'ont quitté. La bière et le reste, ça speede !
200...210 kmh... la bécane hurle et découpe des lambeaux de brume dans la nuit ... plein pot ... le virage ! ... le virage !!! ... happée par le néant, la fille a hurlé, mais elle n'est plus là ... longue glissade ... silencieuse comme dans du sirop ... roule ... glisse ...râpe...râpe...bruits étouffés...un feu !. soudain une explosion... hurlements ... il est mort Hell l'Enfer et il monte avec la fumée de l'incendie ... non, du joint de la Fouine !

Ché émerge "putain quel tripp les mecs ! Ouahou !!! Tania s'approche de lui et l'embrasse tendrement "mon Angel". Elle est mince, brune, bronzée. Deux grands yeux bleus encadrés par de longs cheveux bruns comme deux lacs d'eau limpide , deux lacs doucement agités par la brise... des bateaux qui se balancent au gré du flux et du reflux... une forêt tombe les pieds dans l'eau ... une montagne se maquille à la neige en se mirant dans le miroir bleuté ... deux corps enlacés sur la grève et qui s'aiment... Tania et Hell ... Heu non, la fille aux yeux d'orage et Ché... merde non ... et puis merde, fais tirer merde ! tu fais tirer ouais à la fin ! ... Bordel ! ouah la claque ! ... putain quel tripp ! ... Ouahhh ... Bob, la Fouine, Pancho et Gé finissent leur joint tandis que, dans la nuit le feu de camp jette des éclats orangés. La campagne est silencieuse. Au loin les lumières d'un village, des chiens de fermes qui aboient...

Loin, très loin, au pays des Anges il y a des Anges heureux. Je les ai rencontrés ce soir-là, au coin du feu, sous les pins et j'ai fumé avec eux le joint de la Liberté. La fumée qui montait dans le ciel, vers les nuages, petit filet rose ondulant , se perdait dans les étoiles. Dans l'infini du ciel, deux grands yeux bleus remplis de bonheur regardaient vers la terre, vers la minuscule tache orangée vacillante du feu de bois .

Ce soir-là j'étais un homme heureux.
Castro

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